LE SOL, UN MONDE EN SOI

,

Nous marchons, courons, sautons, pédalons dessus. Nous y construisons des routes, des maisons et des écoles. Nous y cultivons des plantes pour nous nourrir. Le sol est à la base de la vie terrestre. Il est un amalgame d’éléments, à la fois inertes et vivants, et il est un vestige du temps en constants changements.

Sol recouvert de sphaigne, image d’Audrey Thériault

La recette pour construire un sol

Un plancher de bois franc, est-ce que c’est du sol ? Est-ce que le terreau à jardinage, c’est du sol ? Un rocher, est-ce que c’est du sol ? La réponse est non, il y a de nombreux critères à respecter pour être nommé sol. D’abord, le plancher de bois ou un rocher sont solides. Le sol est dit non consolidé, donc malléable et en morceaux détachables [1].

Ensuite, le sol est l’œuvre du temps. Il se forme progressivement sous l’action du climat, de la roche sous-jacente, des organismes vivants, de la topographie et des eaux souterraines [1] . On y trouve de l’eau, des gaz comme l’oxygène, de la matière organique comme des racines en décomposition, et de la matière minérale comme de la silice et du fer. Il y a aussi de la matière dissoute, comme des ions dans l’eau. Le terreau à jardin contient sûrement ces éléments, mais n’est pas considéré comme du sol à proprement parler puisqu’il n’est pas activement vivant.

Finalement, le sol est vivant et dynamique, il est un écosystème en soi. Des petits animaux y font des tunnels, des microorganismes transforment la matière et des plantes structurent le sol par leurs racines. Toute cette vie finit par mourir et nourrir le sol. Celui-ci est une entreprise de recyclage des nutriments comme l’azote ou le phosphore.

On peut observer les racines dans les premiers centimètres de ce sol. Image de T2 Environnement

Dans ce sol, on note la présence de mouchetures, des traces orangées. Cet élément est un indice utile pour déterminer le type de sol. Image de T2 Environnement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie sous nos pieds

La vie dans le sol est plus concentrée dans les premiers centimètres [2]. C’est là que les racines s’installent, on y trouve une innombrable quantité et diversité d’organismes dont les vers de terre qui y creusent des tunnels et où les champignons se propagent, dans bien des cas. Les organismes vivants sont essentiels dans le sol. Ils s’affairent à transformer la matière pour la rendre accessible à d’autres. Chaque organisme vivant joue un rôle dans les cycles des nutriments. Pas étonnant que dans 1 g de sol on peut retrouver des milliers bactéries différentes et un réseau de champignons long de plusieurs kilomètres [3] ! Ainsi, l’environnement et le vivant transforment le sol à travers le temps.

Litière de feuille mortes sur le sol, image de T2 Environnement

Le sol est un livre d’histoire

Les sols canadiens sont beaucoup plus jeunes qu’ailleurs. Ils ont environ entre 6 000 et 17 000 ans [1]. Certains sols australiens ou africains, en comparaison, peuvent avoir jusqu’à 250 millions d’années et d’autres comme en Islande sont encore plus jeunes ! Chez nous, les glaciers ont longtemps recouvert le territoire. Les sols actuels que nous foulons ont ainsi commencé à se former seulement après la dernière fonte des glaces. Cette particularité nous donne un avantage de taille. Comparativement à ceux des tropiques, nos sols sont jeunes, donc beaucoup plus fertiles. Le plus vieux sol canadien est en Alberta. Il a 720 000 ans. [1] Pourquoi tant d’écart d’âge ? Ce lieu particulier a été exempt de glace, ce qui lui a donné une bonne longueur d’avance.

Si l’on creuse le sol chez soi, on passe à travers l’histoire. Le sol est composé de plusieurs couches successives qui nous informent sur sa vie, comme les anneaux de croissance d’un arbre. À la manière d’un archéologue, plus on creuse profond, plus on recule dans le passé des écosystèmes.

Une incursion dans l’histoire est possible en analysant les couches de sol et de roche. Image d’Audrey Thériault

 

Le sol est complexe, il est à la fois vivant, changeant et gorgé d’histoire. Cette entité nécessite de s’y attarder, vu son importance dans chacune de nos vies. Le sol permet de nous nourrir, de nous loger parfois même et de nous déplacer, ne le tenons pas pour acquis!

 

 

[1] Krzic M. et coll. (2021). Digging Into Canadian Soils: An Introduction to Soil Science. Pinawata, Manitoba. Société canadienne de la science du sol.  https://openpress.usask.ca/soilscience/

[2] Bardgett, R. D. (2005). The biology of soil a community and ecosystem approach. Oxford University Press.

[3] Paul, E. A. (2007). Soil microbiology, ecology, and biochemistry(3rd ed). Academic Press.

 

Texte d’Audrey Thériault, d’Hugo Thibaudeau Robitaille et Daniel Tarte