Observer et comprendre la migration des oiseaux
Nous sommes au printemps et cela signifie le retour des oiseaux migrateurs au Québec. En avez-vous vu dernièrement? Pour notre part, nous en avons profité pour faire une sortie d’équipe près de Nicolet. On peut observer des oies des neiges et des bernaches du Canada partout. Pour voir des espèces rares comme le cygne siffleur, on doit plutôt aller à des points d’observations précis qui nous ont été indiqués par d’autres. La migration est un phénomène impressionnant, mais pourquoi les oiseaux migrent-ils et comment se repèrent-ils dans ce long trajet?
Quand et où puis-je voir les oiseaux migrateurs?
La migration des différentes espèces suit un ordre précis. Celles qui ont passé l’hiver aux États-Unis arrivent au Québec en premier. Celles qui étaient en Amérique du Sud arrivent ensuite. Certaines espèces viennent s’installer au Québec pour l’été, mais d’autres ne sont que de passage. Le cygne siffleur est de passage. Il s’arrête au Québec pour se nourrir et reprendre des forces avant de continuer sa migration plus au nord.
En mars, parmi tous les oiseaux qui commencent à arriver, on retrouve la sauvagine et les oiseaux noirs (carouges à épaulettes, quiscales bronzés et étourneaux sansonnets). En avril, il y a notamment les roitelets, bruants, hirondelles, grives et merle. En mai, il y a les parulines et autres migrateurs de longues distances.
On peut observer les oiseaux migrateurs facilement, même de notre fenêtre! Bien sûr, il y a des conditions plus optimales si vous souhaitez voir plusieurs espèces. Nous vous proposons d’aller faire de l’observation en nature, tôt le matin. Les oiseaux y sont plus bavards! Si vous cherchez des endroits particulièrement intéressants pour l’observation, Audrey FM vous propose :
- Cap-Tourmente, sur la Côte-de-Beaupré, pour sa diversité d’habitats.
- Baie-du-Febvre, dans la MRC Nicolet-Yamaska, pour la sauvagine dont fait partie l’oie des neiges.
- Tadoussac, particulièrement au mois de mai. La migration des parulines peut donner des résultats migratoires de renommée mondiale (voir la fiche eBird)
Justement, le 9 mai 2026 et le 10 octobre 2026 sont des dates à mettre à son calendrier. On les appelle les Global Big Days. L’objectif est de rassembler le maximum d’occurrence d’espèces d’oiseaux partout dans le monde. Au Québec, nous avons aussi le Grand Défi QuébecOiseaux. Pendant le mois de mai, choisissez une journée et notez toutes vos observations. Ce défi pour le grand public comme pour les expert·e·s vise à ramasser des fonds pour la protection des oiseaux.
Si l’identification des oiseaux vous intéresse, voici quelques ressources :
- Vous pouvez devenir membre d’un club d’ornithologie local.
- L’université Cornell a un site web eBird et une application mobile Merlin pour l’identification des oiseaux par le chant et par images.
- En complément, Tendance ornitho conserve les observations d’oiseaux par MRC, par groupe d’ornithologie, par saison et par an. De quoi se perdre pendant des heures!
- QuébecOiseaux a une page pour l’observation des oiseaux rares du Québec!
- Birding Québec a un groupe Discord pour discuter des observations d’oiseaux, dont les observations d’espèces rares!
- Le groupe Facebook Suivre la migration par radar météo.
Pour les personnes encore plus curieuses, il est possible de visiter une station de baguage. En plus de voir les oiseaux de près, vous aurez la chance de découvrir ce processus essentiel pour la recherche et la protection des oiseaux. Mais préparez-vous, la visite est seulement possible lorsque la météo s’y prête, tôt le matin.
- Observatoire d’oiseaux de Tadoussac – Station Cap-Tourmente,
- Observatoire d’oiseaux de Rimouski – Station Rimouski (printemps seulement), Station Forillon et Station Coin-du-Banc (automne seulement).
Les observatoires du Réseau canadien de surveillance des migrations ont bagué 2,5 millions d’oiseaux dans les 10 dernières années [1]. Chaque année, c’est environ 3 à 5 milliards d’individus qui migrent entre le nord et le sud [1]. Ce comportement curieux et impressionnant a pourtant des explications simples.
Pourquoi migrer?
L’hiver, si vous partez dans le sud, c’est pour éviter le froid et profiter du soleil. Les oiseaux migrateurs, c’est pour une tout autre raison : la disponibilité alimentaire. Certaines espèces qui se nourrissent de graines, de fruits ou de proies peuvent demeurer dans nos régions l’hiver, ce sont nos espèces résidentes. En revanche, plusieurs espèces insectivores et d’autres groupes d’espèces ne peuvent subvenir à leurs besoins alimentaires en restant au Québec. Pour remédier à cela, elles se déplacent vers le sud où, pendant l’hiver, il y a une surabondance de ressources alimentaires [2]. Au printemps, la chaleur revient au Québec et, par le fait même, la disponibilité alimentaire. Les oiseaux migrateurs reviennent et ceux qui partent le plus tôt ont la chance d’obtenir les meilleurs sites de nidification.
De plus, il semblerait que les oiseaux qui poussent la migration jusqu’en Arctique réduisent le risque de prédation des nids. Une étude dans la revue Science a observé que pour chaque degré supplémentaire au nord, il y a 3,6% moins de prédation des nids [3]. Donc, les oiseaux qui migrent jusqu’au nord du Groenland (82e degré de latitude nord), au lieu du Labrador (53e degré de latitude nord), réduiraient la prédation des nids de 66%.
La championne de la migration est la sterne arctique. Elle se déplace de l’Arctique jusqu’à l’Antarctique. Certains individus de cette espèce volent jusqu’à 80 000 km par an [4]. La sterne arctique est aussi l’espèce bénéficiant de la plus longue exposition au soleil au monde dû à sa fréquentation des pôles de la Terre. Même en parcourant d’aussi grandes distances, les oiseaux ne se perdent pas.
Comment se repérer?
Les oiseaux ont un GPS intégré, une carte olfactive et une bonne mémoire [5]! Ils se repèrent dans le ciel. Ils observent la position du soleil le jour et des étoiles la nuit. Ils retiennent aussi des éléments du paysage comme les montagnes et les rivières [6]. Certains oiseaux ont même un minerai dans le bec qui agit comme l’aimant d’une boussole. L’olfaction joue aussi un rôle [7]. Des pigeons ayant le nerf olfactif sectionné étaient par la suite incapables de retrouver leur chemin [8]. Malgré toutes ces techniques de repérage, la migration reste un périple intense dont tous les oiseaux ne reviennent pas.
Plusieurs meurent simplement d’épuisement au cours du voyage. D’autres sont victimes de l’anthropisation du territoire. Par exemple, la destruction des milieux naturels réduit le nombre d’endroit où les oiseaux peuvent s’arrêter pour se nourrir et se reposer, pendant leur migration. De plus, la pollution lumineuse des villes désoriente les oiseaux et les dévie de leur migration [9]. Aussi, les bâtiments réfléchissants et les vitres de nos maisons causent des collisions pour de nombreux oiseaux à chaque année [10].
Bref, c’est encore plus apprécié de voir les oiseaux revenir au printemps sachant l’ampleur de leur effort. Ils migrent pour subvenir à leurs besoins alimentaires et peuvent se retrouver grâce à leurs outils de navigation interne. Observons-les sans les déranger, ils l’ont bien mérité!
En finissant, voici aussi deux autres vulgarisations intéressantes sur la migration des oiseaux :
- L’article du Devoir L’observation des oiseaux modifie le cerveau
- Le balado d’Espace pour la vie Migration des oiseaux en neuf épisodes de moins de 15 minutes
[1] Le Réseau canadien de surveillance des migrations. (2021). Le Réseau canadien de surveillance des migrations : vingts ans de recherche sur les oiseaux terrestres au Canada. Rapport technique no 3 du RCSM. Oiseaux Canada, Port Rowan, Ontario. https://www.oiseauxcanada.org/etudier-les-oiseaux/le-reseau-canadien-de-surveillance-des-migrations-rcsm
[2] Rappole, J.H. (2022). Bird Migration: A New Understanding. Baltimore: Johns Hopkins University Press. https://dx.doi.org/10.1353/book.100160.
[3] McKinnon, L. et al. (2010). Lower Predation Risk for Migratory
Birds at High Latitudes. Science (1880 to 2025), 327(5963), 326–327. https://doi.org/10.1126/science.1183010
[4] Egevang, C. et al. (2010). Tracking of Arctic terns Sterna paradisaea reveals longest animal migration. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 107(5), 2078–2081. https://doi.org/10.1073/pnas.0909493107
[5] Mouritsen, H. (2018). Long-distance navigation and magnetoreception in migratory animals. Nature, 558(7708), 50–59. https://doi.org/10.1038/s41586-018-0176-1
[6] National Géographic. (2018). Les secrets des oiseaux migrateurs. https://www.nationalgeographic.fr/animaux/2018/03/les-secrets-des-oiseaux-migrateurs
[7] Gagliardo, A. and al. (2013). Oceanic navigation in Cory’s shearwaters: evidence for a crucial role of olfactory cues for homing after displacement. The Journal of Experimental Biology, 216(Pt 15), 2798–2805. https://doi.org/10.1242/jeb.085738
[8] Gagliardo, A. (2013). Forty years of olfactory navigation in birds. The Journal of Experimental Biology, 216(Pt 12), 2165–2171. https://doi.org/10.1242/jeb.070250
[9] McDonnell, M. et al. (2009). Ecology of Cities and Towns. Cambridge University Press,
Cambridge.10.1017/CBO9780511609763
[10] QuébecOiseaux. (s.d.). Collision des oiseaux avec les fenêtres. [Site web]. https://www.quebecoiseaux.org/fr/collisions-fenetres
Texte d’Audrey Thériault et d’Audrey Foisy-Morissette








